Fertilnet

L’urine comme engrais au jardin : dosages, précautions et bienfaits pour les cultures

L'urine comme engrais au jardin : dosages, précautions et bienfaits pour les cultures

L'urine comme engrais au jardin : dosages, précautions et bienfaits pour les cultures

Il y a, dans le jardin, des évidences qu’on a oubliées. Pendant des millénaires, l’être humain a rendu à la terre ce qu’il en tirait, fermant le cycle avec une simplicité désarmante. Puis sont venus les sacs d’engrais anonymes, standardisés, souvent arrachés au pétrole ou au gaz. Et si l’on regardait à nouveau ce que notre propre corps produit chaque jour… comme une ressource, plutôt qu’un déchet ?

Aujourd’hui, je vous propose d’ouvrir un sujet qui fait parfois sourire, parfois grimacer : l’urine comme engrais au jardin. Entre idées reçues, tabous et réels atouts agronomiques, démêlons ensemble ce qui relève de la pratique paysanne futée, et ce qui demande de vraies précautions.

Pourquoi l’urine est un engrais si intéressant ?

Loin d’être un simple « liquide à évacuer », l’urine humaine est en réalité un engrais complet, naturellement soluble et immédiatement assimilable par les plantes. Elle contient :

En résumé, l’urine, à elle seule, se rapproche d’un engrais de type NPK équilibré, avec une forte dominance en azote, parfaite pour soutenir la croissance des feuilles, la vigueur générale et le verdissement des cultures.

À l’échelle d’une personne, les chiffres donnent le vertige : sur une année, un adulte produit assez d’azote, de phosphore et de potassium pour fertiliser entre 200 et 400 m² de potager, selon les besoins des cultures et la richesse du sol. Autrement dit, ce que la plupart des ménages envoient chaque jour dans les toilettes pourrait nourrir un jardin entier.

Derrière l’anecdote un peu provocatrice se cache une réalité agronomique et écologique très sérieuse : en valorisant l’urine, on ferme une boucle de nutriments qui, sinon, serait rompue par le tout-à-l’égout.

Est-ce que c’est sain d’utiliser son urine au jardin ?

La première inquiétude est souvent sanitaire. L’image est tenace : ce qui sort du corps serait forcément « sale ». Dans le cas de l’urine, la réalité est plus nuancée.

Chez une personne en bonne santé, l’urine est quasi stérile à la sortie du corps. Les principaux risques sanitaires (bactéries, virus, parasites) se trouvent plutôt dans les selles. C’est d’ailleurs pour cela qu’en écologie, on distingue très clairement la « valorisation de l’urine » de la « valorisation des excréments solides », qui demande bien plus de précautions.

Cependant, il existe quelques points de vigilance :

Dans un cadre familial, avec des personnes en bonne santé, et en respectant les précautions d’usage (dilution, mode d’application, choix des cultures), l’utilisation d’urine au jardin est généralement considérée comme acceptable et sûre.

Les bonnes pratiques de dilution : combien, comment, où ?

C’est la grande question : « Je mets combien d’urine dans mon arrosoir ? » Trop concentrée, l’urine peut brûler les racines, déséquilibrer la vie du sol et provoquer des excès de nitrates dans les plantes. Bien utilisée, elle devient un excellent « thé nutritif ».

Voici des repères simples :

Il vaut mieux commencer plus dilué et observer la réaction des cultures : un feuillage qui jaunit peut indiquer un manque, un feuillage qui fonce excessivement et devient très tendre peut signaler un excès d’azote.

Fréquence d’application (en saison de croissance) :

Un principe simple pourrait guider : mieux vaut peu et souvent que beaucoup d’un coup.

Comment appliquer l’urine au jardin sans faire d’erreur ?

Quelques règles simples permettent d’utiliser l’urine avec respect pour le sol, les plantes… et le nez des voisins.

1. Toujours au pied des plantes

On n’arrose pas le feuillage avec de l’urine diluée, on vise le sol, au pied des plants. Le but est de nourrir les racines, pas les feuilles. Cela limite aussi les risques de brûlures et les odeurs.

2. Jamais pure sur le sol nu

L’urine pure concentrée peut :

Si vous devez la stocker, mieux vaut la garder dans un bidon hermétique, puis la diluer au moment de l’utilisation.

3. De préférence sur sol déjà humide

Appliquer votre arrosoir d’urine diluée juste après une pluie ou un bon arrosage est idéal. L’eau déjà présente dans le sol aide à diffuser les nutriments et réduit les risques de concentrations locales trop élevées.

4. Éviter les fortes chaleurs

En plein après-midi d’été, une partie de l’azote risque de se volatiliser, et vos plants peuvent se trouver en stress hydrique. Matin ou soirée sont préférables, comme pour tout arrosage raisonné.

5. Tenir compte du type de sol

Quelles cultures aiment (ou non) l’urine comme engrais ?

Dans un jardin, toutes les plantes n’ont pas les mêmes appétits. L’urine, riche en azote, sera particulièrement appréciée par les gourmandes.

Cultures qui apprécient particulièrement :

Plantes avec lesquelles être plus prudent :

Pour les cultures à consommer crues (salades notamment), une précaution supplémentaire peut rassurer :

Urine et compost : un duo gagnant

Si vous hésitez à arroser directement vos plantes avec de l’urine diluée, une alternative douce consiste à l’utiliser comme activateur de compost.

L’urine est très riche en azote, tandis que beaucoup de matières de compost (feuilles mortes, broyat, carton, paille) sont riches en carbone. C’est une rencontre idéale :

Concrètement, vous pouvez :

Les nutriments se retrouveront ainsi « tamponnés » par la matière organique, stockés dans l’humus en formation, puis restitués progressivement au sol lors de l’apport de compost. C’est une manière plus indirecte, mais très harmonieuse, d’intégrer votre urine au cycle de fertilité du jardin.

Les précautions indispensables à respecter

Utiliser l’urine comme engrais est une pratique ancestrale, mais cela ne signifie pas qu’on puisse la faire n’importe comment. Quelques garde-fous simples permettent de jardiner sereinement.

Ces précautions ne sont pas là pour brider, mais pour honorer ce que l’on entreprend : nourrir la terre sans lui imposer une charge toxique ou excessive.

Un geste écologique fort : refermer le cycle

Au-delà des chiffres et des dosages, l’utilisation de l’urine au jardin nous invite à un changement de regard. Ce que nous appelons « déchet » est-il vraiment déchet, ou simplement un élément mal placé dans le cycle ?

Dans les systèmes modernes, l’urine est diluée dans des milliers de litres d’eau potable, envoyée dans des stations d’épuration, où une partie de ses nutriments est perdue ou se retrouve en aval dans les milieux aquatiques, contribuant parfois à l’eutrophisation (algues, déséquilibres écologiques).

En la récupérant et en la valorisant localement :

Ce n’est pas un geste anecdotique. C’est une manière discrète, intime, presque philosophique, de reconnaître que notre place dans le vivant n’est pas au-dessus, mais au milieu. Que ce qui vient de la terre peut, avec soin et respect, y retourner.

Chaque arrosoir d’urine diluée que vous apporterez au pied de vos légumes pourra être vu comme un petit acte de réparation, une manière d’apprentis jardiniers de redevenir, à notre mesure, des acteurs de cycles vertueux.

En pratique : un petit rituel à mettre en place

Pour terminer, voici un scénario très concret que vous pouvez adapter chez vous :

Dans cette pratique, il y a de la technique, bien sûr : des chiffres, des rapports, des grammes de nutriments. Mais il y a aussi autre chose, de plus subtil : la sensation de participer, à votre échelle, à ce grand ballet de la matière qui circule, se transforme, se donne et se reprend.

Et si, au prochain arrosoir, au lieu de détourner le regard avec gêne, vous voyiez dans ce liquide jaune pâle un concentré de vie, une pluie dorée qui ne demande qu’à redevenir verte ?

Quitter la version mobile